Changement d’adresse !

Salut à tous,

pour des raisons techniques que je n’avais pas anticipées, ce blog est désormais transféré à cette adresse !

A bientôt !

Des portes…

Lui, c’est l’autre.

Je le vois qui s’approche, d’un air dégagé, prêt à engager conversation – il frappe à ma porte d’une formule polie, d’un sourire.

Que faire ? Resté-je fermé à toute communication, l’envoyé-je sur les roses, ou alors – risque suprême ! – je m’ouvre à lui, j’entrebâille ? Allons, laissons-nous tenter. Je lui laisse juste l’espace pour que sa conversation se glisse entre le battant et le chambranle.

Poliment, il s’engouffre dans la brèche ; ce faisant, il m’ouvre sa propre porte, et nous passons gaiement chacun la porte de l’autre. J’entre ainsi dans un espace où je vois les idées qu’il a soigneusement disposées à mon intention. Une à une, j’y place les miennes et, par endroits, je déplace les siennes pour caser les miennes, j’en mets même une à la poubelle, d’où il vient la retirer, mais où, après l’avoir reconsidérée attentivement (bien qu’avec a priori), je la replace presque immédiatement. Ou alors, je change tout dans la pièce, d’un air interrogatif ?

Les objidées que nous avons placés chacun dans cette pièce qui nous est désormais commune – bien que nous ne nous voyions pas – ont dessiné, par les vides qu’ils laissent et les relations qu’ils nouent, plusieurs nouvelles portes. Elles sont parfois bien évidentes, mais un coup d’œil dans l’embrasure d’une de ces portes entrouvertes suffit souvent à faire le tour de ce qu’elles recouvrent – en apparence du moins. Mais certaines sont bien dissimulées et ne paraissent pas au premier abord, que ce soit par volonté délibérée, ou bien par le hasard des choses.

Celles-là, il faut se donner la peine de les chercher pour pouvoir les franchir ; parfois, on nous aide en les mettant soudain en évidence.

Ces portes-là, franchies – on peut être déçu, bien sûr, mais parfois, quelles pépites ! Aussitôt franchies, elles mènent à des constructions ineffables et d’autres portes invraisemblables, qu’on traverse d’une fulgurance pour aboutir à un nouveau lieu, de nouvelles correspondances, des architectures folles d’idées ou de sensations qu’on associe, qu’on oublie parfois, mais qui parfois restent et qu’on grave en soi pour les réutiliser ensuite après d’autres portes.

Mais souvent, petit à petit, s’introduisent dans ces moments de partage des objets extérieurs et pragmatiques (une horloge qui tourne, un agenda qui s’ouvre) qui dessinent des portes menant inéluctablement à la sortie de ces endroits.

Alors, on ferme doucement les portes sur ces espaces, témoins de ces fragiles constructions communes qui pour la plupart s’effondreront sitôt le pêne dans la gâche, la dernière pièce voyant l’affluence des banalités habituelles de ce genre de circonstances, qui s’amoncellent au centre.

Puis, chacun prend la porte opposée à l’autre, la referme doucement et, finalement, lui tourne le dos.

Bois…

Il m’arrive souvent, lors de mes pérégrinations, de tomber sur un morceau de bois à la forme évocatrice, et je m’amuse à y trouver des personnages. Fantasmagoriques autant qu’illusoires, éphémères, ces figures transitoires sont liées à l’évolution d’un bois mort. Parfois, c’est l’action du bûcheron, parfois c’est un évènement naturel, ou simplement le temps qui a servi de révélateur,  comme les bains qu’on utilisait il y a encore peu de temps pour développer une photographie – ça a bien changé ! Alors, je vous invite à flâner dans cette aile de la galerie de mes rêveries, futiles et capillotractées (1) ; peut-être n’y verrez-vous rien, ou autre chose, ou la même chose que moi, qui sait ? Comme je veux vous laisser la liberté d’interpréter ces photos, ce que j’ai vu dans chacune est en bas de cette partie d’article, au numéro correspondant.

1. IMGP22347 2.IMGP0086_le_cri 3.IMGP0098_cochon

4.IMGP13517 5.IMGP3502 6.IMGP3795

7.IMGP14205 8.IMGP19011_triste IMGP19012_crâne

9.IMGP8000 IMGP8001

10. IMGP1614

Comme je suis une bille et que je n’ai pas réussi à créer de lien interne entre la photo et  le texte (je vais peut-être me faire un site perso, un jour lointain…) mais afin de vous éviter quand même de remonter jusqu’à la photo correspondante, j’ai remis des liens ci-dessous :

  1. Cette bille résulte de la coupe d’une vieille souche, qui a fendu sous l’action du gel, ou de l’eau ; elle m’évoque une face tranchée en deux de haut en bas : visage picassien, monstre à la bouche verticale, face blessée d’un coup vertical ? Je ne sais pas. Il y a une nouvelle de Stephen King (attention, le lien contient un spoiler) qui évoque la scissiparité, et ça m’y avait fait penser, sur le coup. En tout cas, cette vieille souche me paraissait terriblement parlante (même si je ne suis pas sûr de ce qu’elle dit !).
  2. Vous allez peut-être trouver cela complètement barré (mais j’assume), mais ce bout de bouleau mangé de moisissures, avec ses trois trous de pics figurant deux yeux et une bouche grande ouverte dans une face livide, m’a fait penser au Cri de Munch. C’est fou, hein ?
  3. J’ai trouvé dans ce morceau d’écorce décollée un groin pointant à droite, surmontant une bouche fendue, un petit oeil, et même le semblant d’une oreille…Tête de cochon ! (mais certains y voient plutôt un ours…A vous de voir)
  4. Ce début de loupe sur un tronc couché de vieux châtaignier creux devient la tête d’un monstre goulu s’extrayant de la matière brute du bois sec…Moqueur, avide, désespéré, ou souffrant, qu’y voyez-vous ?
  5. La coupe en section d’un jeune charme, qui révèle un visage regardant à gauche – qui m’a fait penser, sur le coup, à Croquignol.
  6. Une racine usée par le temps, mais qui avait amalgamé un caillou – comme cela arrive parfois – qui constitue l’oeil d’une tête rigolarde au long nez pointant vers la droite.
  7. Oui oui, un éléphant qui barrit, farpaitement.
  8. Ce sont deux faces d’un même piquet de clôture croisé au détour d’un chemin. De l’oeil triste du premier, irrité par une paille, semble couler une larme accompagnant une bouche aux coins affaissés accentuant une impression de tristesse un poil surjouée – on devine un pleurnichard prompt à se plaindre d’une paille qu’un voisin lui mettrait dans l’oeil sans voir la poutre qu’il lui inflige lui-même. Le second est nettement plus inquiétant : ce grand oeil cave, et cette petite narine, cette absence de bouche – à moins que ce ne soit la diagonale pas nette qu’on voit dessous, m’ont fait penser au crâne décharné d’un oiseau de malheur. Un poteau évocateur – mais inquiétant, donc. ç’aurait pu être un totem s’il n’avait eu pour mission de garder, noyé dans la masse de ses congénères, un troupeau de Prim’Holstein.
  9. Là encore, dans les deux extrémités de ce bout de bois flotté trouvé sur une plage j’ai trouvé deux tronches surmontées de coiffes et affublées de barbes, pourvues de becs, peut-être les dignitaires mélancoliques d’un royaume avien ? Ils avaient, en tout cas, voyagé sur l’onde noire de la mer vineuse.
  10. Dans ce morceau de bois verdi, j’ai vu la tête d’un dragon mort. On en voit le cou fort, et on devine, à droite, le pli d’une puissante épaule. Eût-il été plus grand,  j’aurais dit qu’une végétation malsaine s’était développée sur la chair du géant, l’incorporant au paysage au même titre que collines et montagnes – mais vu la taille, il doit s’agir d’un simple dragonnet.

Ces fantasmagories ne sont pas forcément très gaies, j’en ai peur ! Mais cela tient sans doute au fait qu’elles découlent de bois en cours de décomposition, d’aubier dégradé, de duramen usé. Pour compléter ce billet déjà un peu long, voici un texte court que j’avais écrit il y a quelques années pour un appel à texte – certains d’entre vous le reconnaîtront peut-être :

Bois

 Brut

J’examine le bloc, sec.  Du tilleul, un bois clair, qui n’a pas de sens : quel que soit le sens dans lequel on le travaille, il ne crée pas d’aspérité, il ne casse pas pour cause de tension exercée dans une mauvaise direction au mauvais endroit. C’est une loupe, une excroissance pleine de circonvolutions dues à la croissance contrariée du bois, et qui dessineront à la surface de…l’objet…des dessins fantasques, fugaces si ce terme peut être appliqué au mouvement figé dans la matière.  Il est écorcé, défait de l’aubier, j’y vais.

Entame

Quelle heure? Incongru. J’y suis, je sue, ma râpe entame la matière, l’apprivoise et s’en accommode, mais mes mains cherchent à m’échapper, je dois les contrôler constamment pour éviter le coup de trop qui ruinerait ce qui est en train d’apparaître. La sciure vole, capte la lumière de la fenêtre sale en draperies grises.  J’attaque avec rudesse, les dents d’acier usent le matériau tendre, je pose ma triangulaire pour prendre une demi-lune, je vais attaquer l’arrondi en creux, là, lové dans son coin.  Ça vient, je la tiens je la vois, je vois la forme s’extraire du duramen, une ébauche, une flammèche seulement pour l’instant, qu’il faut entretenir avec précaution pour qu’elle devienne brasier et enflamme l’imagination des autres comme elle le fait avec la mienne en cet instant de fièvre.

Façonne

Fini le travail de lime, la râpe danse sur le bois. On ne dégrossit plus, on affine, là, les courbes, là, l’angle, le méplat, la concavité légère, presque imperceptible qui donne son relief à l’ensemble. Je vole d’angle d’attaque en angle d’attaque, rapidement, avec délicatesse. Je suis fou, je travaille sans méthode sans réflexion, sinon je ne peux pas tenir mes mains, elles veulent faire des conneries, je le sens, mais elle est là, elle est là !  Elle m’échappe. Elle glisse, je commence à réfléchir, c’est foutu, je la perds, elle part, je la rattrape, elle glisse je l’agrippe du bout de l’esprit ! Transe.

Finit

Ha ! J’ai l’esprit clair comme la lumière des matins glacés d’hiver. Je suis sur le point de finir. Le temps a passé, je le sais, c’est pas grave, je m’en fous : elle est là, devant moi. J’ai le papier de verre sur sa cale, j’inspire, j’y vais je plonge.  Allez, ma belle, ce sont les derniers coups, le papier grossier, puis de plus en plus fin, j’approche du méplat imperceptible, je vois bien qu’il lui manque quelque chose à celui-là, j’y vais et je m’arrête. Je ne sais pas ce qu’il y a ! Quelque chose ne va pas, mais je ne sais pas quoi ! Mon esprit tourne dans le vide, je suis vide tout entier, plus rien, un mannequin au regard vacant. Mes yeux sont fixés sur la pièce de bois, mais je la vois à peine, une goutte de sueur coule sur mon front dans mes yeux ? Non, elle prend le chemin de mon nez, c’est con mais ça me relance, je sais de nouveau, je sais !  J’approche mes mains pour user juste le petit coup nécessaire, et j’hésite de nouveau, je sens mes mains partir en vrille, c’est pas bon, pas bon. Mes doigts hésitent, à un rien de la forme imparfaite, pour le coup la sueur m’inonde les paupières, je pose le papier, je le relève. Pas la bonne position, pas le bon endroit, pas le bon mouvement, j’inspire, je m’y remets. Là, je crois que j’y suis, je pousse en esprit avant de contraindre mes mains à produire le Geste, au dernier moment, je sens qu’elles décalent, mais c’est trop tard, c’est lancé, je n’ai plus qu’à les forcer, elles doivent m’obéir, bordel, c’est mes mains ! Les doigts se tordent vicieusement d’un rien qui suffirait à tout détruire, mais je ne les écoute pas et je frotte le bois sur un demi-centimètre, une fois, deux fois, trois fois, j’arrête mes mains avant qu’elles fassent le quatrième tour, elles protestent mais ce n’est plus qu’un baroud, j’ai gagné.  

Je me relève, je suis en sueur, je tremble, mais j’ai réussi, elle est devant moi, je la vois sur son socle. Et quand elle sera exposée à tous les regards, quelqu’un d’autre la verra-t-il ?

 

Et vous, le bois vous inspire-t-il des rêveries similaires ? Ou une autre matière ? Partagez-vous ma marotte follette de voir des visages et des figures, des motifs, là où, censément, il n’y en a pas ?

(1) : tiré par les cheveux, bien sûr

Charlie, last one…(pour l’instant)

Juste un mot pour dire que j’ai consacré une page à part à Charlie, ici…Histoire de ne pas oublier !

PS : et dire que la veille de l’attentat, il se passait ça…Au moins, ça donne un peu d’espoir dans la direction prise par les cultes…Et c’est bien la preuve que les musulmans sont une des premières victimes des intégristes…

Charlie à Rennes

Le massacre de Charlie a suscité une impressionnante avalanche de réactions de par le monde entier (pas toujours intelligentes, mais passons) :

4551159_6_53fb_soixante-douze-titres-de-la-presse-francaises_f466f77be37223c93c9a6b1efbe6b23b

Partout dans le monde, des gens se sont rassemblés pour manifester leur soutien aux survivants et leur horreur de ce qui s’est passé.

Au-delà de la représentation internationale, on pressentait que la mobilisation pourrait être importante en France : le nombre de gens qui sont descendus dans la rue est faramineux, plus de 4 millions selon le site du Monde, avec la présence de plus d’une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernements – du jamais vu. Il n’est pas interdit de rendre hommage aux gens qui n’ont pas dormi pendant trois jours pour organiser cela et que ça se passe sans heurts ni trop de problèmes de sécurité.

A Rennes, on était aux environs de 115 000 :

  20150111_155440     20150111_16363120150111_165523

Le cortège était très calme, les gens parlaient entre eux, d’inconnu à inconnu. A intervalles réguliers, des vagues d’applaudissements parcouraient l’ensemble du cortège, en un hommage digne, dépouillé de slogans et de mots d’ordre – qui n’auraient pu être que moins forts que cette manifestation sonore de ceux qui étaient là.

C’était impressionnant : dans le cortège, on entendait les applaudissement dans le lointain, qui venait jusqu’à vous, et le temps de battre des mains, la vague poursuivait sa course. La procession était si longue qu’on l’impression qu’elle disparaissait à l’infini.

Et tout ce mouvement humain s’est déroulé sans aucun heurt, sans qu’aucune violence soit perpétrée contre qui ou quoi que ce soit. C’était un hommage et une protestation tellement justes et humains que la force du moment vous prenait au tripes. Je ne sais pas si les arabes de Rennes étaient là – j’ai vu bien peu de maghrébins (oui, je sais, arabe et maghrébin, ce n’est pas forcément la même chose) dans le cortège – mais j’espère qu’ils ont compris qu’on leur disait aussi que le message n’était pas porté contre eux, mais contre le comportement de certaines personnes qui se réclament d’un islam qu’ils ont dénaturé ; moi, en tout cas, j’étais là aussi pour dire ça. Je ne me reconnais pas dans les cons qui dégradent des mosquées.

En sortant du cortège, j’ai été marqué par le message que portait une jeune fille dans la rue :

« Les terroristes ont détruit mon pays la Syrie, ne les laissez pas détruire la France »

Car, maintenant que cet extraordinaire mouvement a eu lieu, quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que nos responsables politiques / politicaillons de tout bord vont faire de ce grand, ce magnifique mouvement ? J’espère que ce qui s’est passé va  les hisser vers des hauteurs de vue qu’on n’avait aucun moyen de soupçonner pour l’instant chez eux (c’est mon côté naïf), mais je ne le pense pas (c’est mon côté réaliste). L’avenir nous le dira…

 

 

 

 

 

Je suis Charlie…

J’ai pas de mots, alors je mets des images, piquées aux dessinateurs du monde entier – je doute qu’ils m’en voudront :

dave brown David Pope sur l'attaque de Charlie Hebdo : He drew first

Dave Brown (à gauche), David Pope (à droite)

Hommage de Boulet, auteur de bande dessinée français, à Charlie Hebdo  Jean Julien

Boulet, Jean Julien

Hommage à Charlie Hebdo - Zep  banksy

Zep, Banksy

080115 Challenges Khalild Albaih dessin Charlie Hebdoalex

Khalid Albailh, Alex

Parce que j’ai la rage de rire ; parce qu’il faut pouvoir continuer de rire de tout le monde et n’importe qui ; parce que quelqu’un capable d’être moqué peut se remettre en question, et dès lors ne peut pas être complètement mauvais. Des gens qui ne l’ont pas compris nous ont enlevé des gens qui, eux, avaient le talent de nous faire rire pour nous ouvrir les yeux.

 

Edit (9/1/15) :

IMGP2209-1

Fabriqué à l’arrache hier soir avec les moyens du bord

Il y a eu sur France inter des interventions intéressantes d’auditrices, dans cette séquence, sur le fait qu’en France, la liberté de se moquer des religions quelles qu’elles soient, est un droit fondamental, et sur le fait que tout le monde n’a cependant pas toujours les codes pour comprendre des caricatures sur les religions.

 

 

 

Charlie forever

C’est pas ce que j’avais envie de publier, mais là, pas le choix :

Voir l'image sur Twitter

Cabu, Wolinski, Tignous, Charb, Maris, et les autres…ils vont nous manquer.

Edit : Bon, j’étais un peu trop sous le coup il y a 4h pour développer un poil plus. Et j’apprends en plus que Fabrice Nicolino compte aux rangs des blessés…Qui d’autre est tombé sous les balles ce midi ?

Il est bien trop tôt pour accuser qui que ce soit de cet attentat, mais l’attaque contre ce média couillu, incisif, parfois bourrin, mais dans tous les cas un des piliers du paysage journalistique français, vise sans nul doute la démocratie et la liberté de penser. Charlie avait publié les caricatures de Mahomet non spécialement contre l’islam – je pense qu’ils estimaient qu’au même titre que toute autre religion, l’islam devait pouvoir être moqué si besoin -, mais contre ceux qui en font un instrument de pouvoir, d’étroitesse d’esprit, ou des deux : « C’est dur d’être aimé par des cons ».

Je suis encore un peu trop frappé pour aller plus loin, mais la meilleure façon de rendre hommage à ces géants, c’est pour moi de cultiver ma liberté de penser et le pouvoir de rire – des cons, notamment.

Et, même s’il est peu de chance que quiconque de directement touché lise ce billet : solidarité envers les victimes et leurs familles.

Jackson Five (Armies) – attention spoiler !!!!

Ayant eu une opinion mitigée de l’adaptation du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson, mais reconnaissant toutefois qu’ils constituaient un bon divertissement plus ou moins fidèle aux livres, j’ai voulu regarder l’adaptation du Hobbit.

A l’issue de cette épreuve, voici ce que je retiens :

- il n’aura échappé à personne ayant lu le Hobbit que les films ne sont pas fidèles à la lettre du livre. A la limite, ce n’était pas toujours très grave : une adaptation, il faut bien que ça s’adapte (hé) aux contraintes du cinéma, tout ça. Mais là, c’est quand même gros, ça entraîne de menus problèmes de cohérence globale. Donc, Hobbit #3 : Galadriel, Saroumane, Elrond et les autres se bastonnent avec les Nazguls et Sauron, il faudrait donc être le dernier des imbéciles pour ne pas se rendre compte que Sauron est de retour. Voyez comme Galadriel est intelligente et lucide : elle le dit, même. Seigneur des Anneaux #1 : oh, tiens, on découvre que Sauron revient, les Nazguls sont des choses inconnues qui sont terribles parce qu’ils font très très peur. Y a-t-il un souci quelque part ? PJ s’est tellement assis sur le texte qu’il crée des paradoxes entre les deux trilogies qu’il a tournées. Soit il se moque des bouquins qui ne seraient donc pour lui qu’une source d’inspiration pour créer un objet commercial (oooh, voyons), soit il prend le spectateur pour des gogos (boooarf, ils feront pas gaffe à ça…c’est trop discret !). Et ce n’est qu’un exemple.

- il n’aura pas non plus échappé au lecteur attentif que les films ne sont pas fidèles à l’esprit du livre. Et ça, c’est nettement plus ennuyeux. PJ a fait de ses films une saga héroïque et guerrière qui est aux antipodes absolues de ce qu’est le livre. Du coup, il  a renforcé les évènements originaux (un cambriolage rempli de péripéties, mais peu de combat, Bilbo étant même assommé avant le début de la bataille des Cinq Armées) artificiellement avec des moments guerriers à tire-larigot, plus une amourette naze incluant un triangle shakespearien fake, de jolies lumières féériques et de tragédie à l’eau de rose. Ça lui permet de gonfler artificiellement l’ensemble pour faire trois films longuets mais lucratifs à la place d’un seul opus dense, fidèle, mais qui ne rapporte qu’une fois. C’est vrai qu’il ne doit pas être assez riche comme ça.

Jackson Five (Armies) - attention spoiler !!!! dans Bouquins the-hobbit-Twitter-profile  21055250_20131106114016251 Hobbit dans Cinéma HBFA_Mini_1sht_Comic_Con_RGBres Tolkien9782253169888-T

Comparez les 474 minutes de film (version courte !) au bouquin…

Et je ne parle pas du fait que les personnages n’ont pas grand’chose à voir avec ceux des protagonistes du livre, ça ferait trop geek fan de Tolkien ; et pourtant il y aurait à dire sur le caractère de Thranduil (l’elfe aux sourcils les plus droits du monde), la présence de Legolas (un personnage placé pour cause de contrat esthétique ? ), de Tauriel, etc.

- les mécanismes de la trilogie sont nazes et donc les films sont mauvais. Pour prendre quelques exemples dans l’opus 3 (je n’ai nulle envie de m’infliger la torture de re-regarder les autres), qui peut croire un instant que des bonshommes qui se trouvent à la Montagne puissent se rendre dans un délai de quelques heures aux frontières d’Angmar, sachant que la distance entre les deux points est de plusieurs dizaines/centaines de kilomètres, aller-retour ? Comment peut-on envisager que, si Radagast intervient dans la bataille finale, il ne fait pas bénéficier aux troufions qui défunctent au combat de l’inestimable appui de son escadre aérienne ? Pour un compte-rendu plus complet des illogismes de ce film, vous pouvez rendre sur le blog d’odieux connard. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit, mais bon, il est très fort pour repérer les incohérences – et il a plus d’humour que moi.

Si on prend quelques exemples dans les autres films (de mémoire), l’arrivée du groupe de nains à Fondcombe se fait pour le moins soudainement et facilement : poursuivis par des orques, il se planquent dans une crevasse au pif et pouf ! Fondcombe est là, accueillante et vachement bien dissimulée ! Il faut croire qu’aucune personne malentionnée n’a eu l’idée d’aller chercher de manière approfondie dans le coin, hein…

Il y a dans le livre une raison pour laquelle les aigles n’emmènent pas directement le groupe dans des régions peuplées d’hommes : ils se feraient tirer dessus, ce qu’ils expliquent à Gandalf. Ce n’est pas expliqué dans les films et donc on ne comprend pas pourquoi ce n’est pas fait, ce qui paraît un peu con, quand même.

Et puis les divers ajouts faits par PJ aux histoires ajoutent des longueurs qui cassent le rythme des films…l’épisode 2 est sans doute un des films que j’ai trouvé parmi les plus pénibles à regarder à ce niveau.

Et caetera, et caetera.

- certaines scènes sont tellement tirées par les cheveux que je m’en serais presque arraché les miens. Je veux bien que Legolas soit un elfe, des bois qui plus est, fils de roi en plus, ce qui semble lui conférer des pouvoirs à part (puisque aucun de ses congénères ne fait montre de la moitié du quart de ses talents), mais quand même, courir sur des blocs de pierre qui tombent ?

 

Le malheur de tout ça, c’est que maintenant, une grande partie de ceux qui vont lire le Hobbit risquent fort de trouver cela fort peu divertissant, puisque l’idée qu’ils se feront du récit sera basée sur des films à la fois mal ficelés et pas fidèles, mais spectaculaires – ce qui est à peu près le seul mérite de ces films : il y a des images qui bougent avec des couleurs et de la musique héroïque, youhou, content !

Donc, chanterai-je avec les Jackson Five, Peter, I want you back ?

Ben non.

Crustacés (sans coquillages)

Depuis quelque temps, on entend beaucoup parler des crevettes thaïlandaises, dont la nourriture (farines de poisson) est partiellement issue de l’esclavage de pêcheurs. Plusieurs sources relaient cette information, mais il semble que ce soit le Guardian qui ait lancé l’alerte en premier, suivi par d’autres comme par exemple à peu près toute la presse française. A titre d’exemple, une vidéo sur le site de Francetvinfo résume assez bien les choses. Les magasins Carrefour, vu l’ampleur de la médiatisation de ce thème, a rompu les liens commerciaux qu’elle entretenait avec la principale marque fournissant ces crevettes.

Si les crevettes originaires de l’Equateur, du Bangladesh ou de Madagascar semblent moins sujettes à caution sur le plan de l’esclavage, les conditions de travail y semblent quand même loin de ce qu’on pourrait accepter en France.

Crustacés (sans coquillages) dans Environnement Crevette+Bangladesh+droit+humain+importation+dumping+socialCliquez sur l’affiche pour aller sur le site dont elle est issue

Cet évènement amène forcément à se poser la question des conditions dans lesquelles d’autres produits peu onéreux produits à l’étranger sont élaborés. L’exemple de la Chine vient forcément à l’esprit, mais la vérité est que dans bien d’autres pays sans doute le travail se fait dans des conditions inhumaines. La seule parade que je connaisse à cela est le commerce équitable, avec les limites qui sont les siennes.

Par ailleurs, ces crevettes restent des produits à empreinte écologique monstrueuse…Et ça, c’est sans compter les hectares de mangrove détruits (voir par exemple les crevettes « bio » de Madagascar), aux dépens de la flore et la faune originale dont c’est le milieu de vie. A tout prendre, autant mettre un saucisson sur la table, ce sera moins problématique…

N’oublions pas non plus qu’il y a quand même moyen de faire avec les ingrédients du coin en matière de produits de la mer : on reste quand même le pays d’Europe avec le plus grand linéaire côtier ! Les pêcheurs professionnels n’étant pas à la fête en ce moment, on peut leur filer un coup de main en achetant plutôt leurs produits que ceux d’industriels lointains…

Tout ceci pose la question de la consommation de ces produits de lointaine provenance : si l’on acceptait de ne les consommer qu’épisodiquement ou exceptionnellement, alors une partie des problèmes d’émission de gaz à effet de serre serait résolue (mais une partie seulement).

Mais ça demande d’accepter que certains produits, qui sont pour certains d’entre eux devenus des évidences de consommation, ne soient plus consommés de manière usuelle – attention, c’est là que ça pique : en vrac, meubles en bois exotiques, banane, chocolat, café (eeeeh oui), et je ne parle pas des vêtements faits en Chine…ça pose bien sûr la question de savoir si, en stoppant l’importation de ces produits, on ne créerait pas un problème économique dans les pays actuellement producteurs – et c’est là que, théoriquement, il faudrait une action au-delà de l’échelle individuelle pour inciter ces pays à vendre plutôt à proximité de chez eux qu’à l’autre bout du globe – d’ailleurs, ça vaut aussi pour nos fromages qui vont en Chine.

Et ça pose aussi la question du coût et du prix des choses. Le prix, c’est ce qu’on paie au vendeur en échange de ce qu’on acquiert. Le coût, c’est l’ensemble de ce qui incombe au producteur (production, transport, conditionnement, marketing) pour produire et vendre. Les grands producteurs industriels visent à diminuer le prix pour inciter à acheter, en tentant de s’abstraire de certaines parties du coût : l’esclavage est l’exemple extrême de la diminution du coût de production en ayant une main d’œuvre corvéable à merci et gratuite. La partie du coût que peu de gens avaient anticipé jusqu’ici, c’est le coût écologique. Puisque nous sommes à un moment critique du réchauffement climatique, un instant de notre ère industrielle où il est encore possible de limiter les dégâts que nous allons infliger à notre environnement dans l’avenir, alors tout produit à forte empreinte écologique acheté diminue les chances qu’on évite un genre de gros problème planétaire pour l’humanité – j’en ai parlé ici. On pourrait avec profit revoir à ce sujet Soleil vert, un film intéressant…

La difficulté est de réussir à concilier cela avec son porte-monnaie (je le sais, c’est pas évident). Tout ce qu’on peut faire, c’est agir à notre échelle. Les petits efforts peuvent se cumuler, et peuvent venir en complément des grandes mesures internationales qui, n’en doutons pas, seront sans doute prises à la conférence sur le climat de Paris en décembre 2015 (?).

Enfin, parmi les choses usuelles qu’il faudrait tendre à diminuer, il y a la sacro-sainte bagnole !!! Avant de faire un trajet en voiture, assurez-vous qu’il est bien nécessaire. Le recours à la voiture doit être désystématisé ! Les émissions de gaz à effet de serre liés à la voiture correspondent non seulement à la consommation de carburant, mais également la fabrication des véhicules, des routes, l’entretien de ces dernières, etc.

Et quoi qu’il en soit, la provenance lointaine d’un ingrédient ne devrait jamais être un argument de vente. Et ça vaut aussi pour certains magasins bio !

Par ailleurs, en achetant des produits issus de l’Union européenne, on a un peu plus de garanties sur les conditions de travail des producteurs (enfin, pour l’instant), même si ce n’est pas non plus la panacée.

Bon, je ne suis pas en train de dire qu’il faut se passer de tout, tout le temps, non plus ! Je dis que la consommation de certains produits devrait être limitée et non plus habituelle, et que par exemple si on veut manger des fruits exotiques à Noël – puisqu’on est en plein dans la période -, pourquoi pas, mais qu’on peut peut-être se limiter en-dehors des festivités…Il n’est certainement pas question de se priver de tout ! Mais d’essayer de choisir local, quand on peut.

Chauds les marrons !

Le réchauffement climatique est une problématique largement abordée dans les médias, la société civile, etc.

Mais comment est-il possible de lire, le même jour, sur le site du Monde, les deux infos suivantes côte à côte :

1) l’acidification des océans est un témoin fiable du réchauffement climatique, et non seulement un témoin, mais aussi un acteur de ce réchauffement, un des mécanismes qu’on a lancés sans le savoir en augmentant les émissions de gaz à effet de serre (lien),

2) l’Europe noie dans un changement de règlementation l’autorisation d’importer n’importe quel pétrole dans l’Union Européenne, sans plus faire de distinction, et donc y compris le pétrole issu de l’exploitation de sables bitumineux, exploitation plus polluante que la production “traditionnelle” de pétrole (lien).

Ami lecteur, je ne mens pas, la copie d’écran est là-dessous :

Site du Monde du 19/12/14, copie d'écran

Site du Monde du 19/12/14, copie d’écran

Comble de la galéjade, en suivant le lien “Lire aussi: Le pétrole sale du Canada divise les Européens”, on apprend que ce changement de règlementation intervient notamment sous l’impulsion de notre bien-aimée mère patrie, qui accueille, si vous ne le saviez pas, la conférence sur le climat en décembre 2015.

Rappelons que cette conférence a pour objectif d’ “aboutir à l’adoption d’un premier accord universel et contraignant sur le climat pour maintenir la température globale en deçà de 2°C” . La France, en tant que présidente, aura pour rôle, notamment, d’ “établir un climat de confiance, rapprocher les points de vue et permettre une adoption de l’accord à l’unanimité”, (je cite le ministère du développement durable). Je sens qu’on va être crédible, tiens.

Si l’on se base sur les résultats de la conférence de Lima (décembre 2014), qui devait jeter les bases d’une confiance permettant d’aboutir à cet accord contraignant (http://www.jevotepourleclimat.fr/fr/information/41015/conference-climat-cop-20), eh ben, c’est pas forcément gagné.

Alors, maintenant, quoi ? On se gausse et on attend une énième pantalonnade du type coûteux et inutile, où on peut s’attendre à voir défiler des gens très sérieux parlant d’économie (oui oui, d’économie, pas d’écologie) pour aboutir à un report aux calendes grecques ? Ben, franchement, on pourrait, oui.

Mais en même temps, avant que de se poser devant sa télé avec un plateau chips – bière en attendant le spectacle, attitude convenons-en bien peu constructive, revenons un peu sur “pourquoi le réchauffement climatique c’est pas bien?”, version polie du “merde, ça craint, en fait”, ou du “Pourquoi les écolos font chier ?”.

illustratie

(J’ai emprunté ce dessin à Claude Serre)

Parce que les écolos ne dorment à peu près tranquillement qu’avec le sentiment qu’ils ont fait quelque chose pour limiter l’incidence de la présence de l’homme sur leur environnement. Et l’environnement, ce n’est pas uniquement la faune et la flore, même si ça en fait bien sûr partie : c’est aussi le sol, l’air, l’eau…et les gens. Eh oui, les gens. Or, le réchauffement climatique va avoir un impact sur tous les compartiments de l’environnement :

- sur la faune et la flore : la modification rapide de températures va créer des conditions de sélection nouvelles au sein des espèces actuelles (en fait c’est déjà le cas). Certaines y survivront, en s’adaptant (en déplaçant leur répartition, ou par la survie d’individus plus aptes que d’autres à se reproduire dans ces nouvelles conditions), d’autres non (étant donné l vitesse de ce réchauffement), et celles-ci devront être ajoutées à la déjà très longue liste des organismes détruits par l’homme. On peut imaginer que les reliques glaciaires sont plutôt mal barrées, tourbières en tête. Pour elles, le changement, c’est maintenant…Et c’est pas une promesse en l’air, tout homme de gauche que je sois, c’est désormais un fait ;

- sur ce qu’on va appeler l’environnement non vivant (air, sol, eau – mais du coup aussi sur les organismes qu’ils contiennent) : des étendues de sol importantes vont passer le seuil de l’aridité, la calotte glaciaire fond, on peut imaginer aussi des pics de densité de polluants atmosphériques dans les villes de vallée (Lyon, si tu me lis…) ;

- sur les gens, et là je vais développer un peu, parce que, ami lecteur, je sens que c’est ce qui va le plus t’intéresser. Je vous conseille à ce sujet la lecture de Saison brune de Squarzoni, ce qu’il y dit est beaucoup plus complet que ce que j’en dis ici. Une partie de ce qui suit en est tiré.

Le réchauffement global de la planète se traduit d’ores et déjà par des sécheresses plus nombreuses et plus intenses dans les pays chauds. Par conséquent, cultiver le sol est beaucoup plus compliqué qu’avant, et c’était déjà pas forcément la folie. Avec l’augmentation encore à venir des températures, c’est un phénomène qui va s’accentuer et s’étendre. Les pays du sud auront plus de mal à se nourrir, avec une partie de la surface agricole stérilisée. L’exode rural est déjà en marche.

En plus, le niveau des océans va augmenter, en raison de la fonte des glaces qui se trouvent au-dessus du niveau de la mer (ça aussi, c’est déjà commencé). Outre que cela va consommer de l’espace agricole (en plus, sur la frange à température tempérée, probablement moins aride), les populations côtières vont également devoir se déplacer.

Tous ces déplacements forcés de populations vont poser de nombreux problèmes : où loger ces gens, comment les nourrir, comment vont-ils trouver du travail alors qu’il n’y en aura pas forcément ? Des problèmes diplomatiques aussi, sans doute : un pays accueillera-t-il avec compassion des réfugiés de la faim par milliers(ions) parce que leurs terres sont devenues stériles ou sont sous les eaux ? Allons, allons, vous connaissez comme moi la nature humaine. Et même si un pays était disposé à le faire envers un pays “allié” ou “neutre”, est-ce qu’il le ferait envers un pays “ennemi” – une tendance historique étant d’avoir des « ennemis » à côté de chez soi, c’est plus pratique.

D’ailleurs, la nature humaine fait aussi qu’en situation de tension, les gens puissants (par l’argent, l’influence) soit quittent le territoire devenu sensible parce qu’ils en ont les moyens (et pas les autres), soit prennent les rênes du commandement. D’où la possibilité de tensions aggravées, voire une émergence possible de régimes totalitaires.

Par contre, dans les pays froids ou tempérés, l’augmentation des températures va atténuer l’intensité des hivers (j’ai trouvé l’hiver 2013-2014 très doux, pas vous ? Et 2014-2015 prend le même chemin, on dirait). Il est possible (mais seulement possible) que les rendements de certaines cultures augmentent en moyenne dans les années / décennies à venir. Cool ?

Hey, je viens de dire que les pays du Sud allaient souffrir grave, et que nous on allait avoir des effets bénéfiques, limités mais quand même…Ah oui, j’ai oublié , devinette : qui sont les plus gros pollueurs du monde ? Tadaa, les pays du Nord. Oui, c’était facile. Qui est responsable de l’immense majorité de l’émission de gaz à effet de serre ? Ben c’est nous, oui.

Donc je la refais : les pays du Sud vont souffrir grave et pas nous (enfin, dans les premiers temps, après, ça va se gâter), à cause d’un phénomène dont nous sommes très très très majoritairement responsables.

A leur place, je nous en voudrais un peu. Beaucoup, même, à bien y réfléchir. Les inégalités Nord-Sud, c’est pas des blagues, il suffit de comparer le niveau de vie entre pays, mais n’importe qui sait intuitivement que nos conditions de vie concrètes (je ne parle pas de bonheur, c’est un autre débat) sont objectivement plus favorables. Ce qui est le cas depuis bien longtemps maintenant…Or, une partie de l’enjeu des négociations climatiques en cours est de dire à ces gens : “Oui, on a fait des conneries dans le passé, et c’est pourquoi vous ne mangez pas assez depuis des décennies et qu’un cyclone vient de démolir votre ville, mais on voudrait que vous fassiez l’effort de ne pas chercher à atteindre le niveau de vie qui est le nôtre actuellement quand même. Et sans rancune, hein !”. Sans parler de notre super passé commun avec ces pays-là : guerre, colonialisme et esclavage…

A votre avis, est-ce que ça risque d’engendrer des tensions internationales ?

L’autre partie des enjeux, tout aussi folichonne étant “Alors les mecs des pays du Nord, chers compatriotes, il va falloir un poil se serrer la ceinture, genre utiliser moins la voiture, fini les voyages en avion pour se faire plaisir aux Bahamas – d’ailleurs elles vont disparaître -, mettre un pull plutôt que se surchauffer, manger moins de viande, tout ça”. Je vois votre tête d’ici les aminches, mais rassurez-vous, les Américains ont développé un urticaire bien plus violent que le vôtre.

Alors bon, ce n’est qu’un tour rapide et très synthétique des raisons pour lesquelles « le réchauffement climatique c’est pas bien », mais j’espère que ça vous a suffisamment causé pour espérer, comme moi, vous qu’il sorte quelque chose d’un peu plus gros qu’une souris :

- des négociations qui vont avoir lieu maintenant pour préparer la conférence de Paris ;

- de la conférence de Paris, qui sera la vitrine et la concrétisation de ces négociations.

Ceci posé, est-ce qu’on se dit : c’est foutu, on n’y arrivera jamais, le climat va changer alors on attend que ça passe, et nous dans les pays riches on s’en sortira toujours parce qu’avec notre industrie et notre technologie on pourra s’adapter ? Si vous pensez-ça, ben…c’est que vous êtes arrivés à ce point de ce long billet sans rien y comprendre, soit je ne suis pas clair, soit je ne peux rien faire pour vous !

Non, ce qu’on peut faire de constructif, c’est d’essayer de limiter notre empreinte écologique, puisque c’est l’indicateur qu’on utilise notamment pour estimer la quantité de ressources qu’on utilise, et donc l’énergie qu’on consomme et, la majorité de l’énergie qu’on utilise étant polluante (tout compris, hein, de la fabrication des objets qu’on utilise au chauffage), la quantité de gaz à effet de serre qu’on émet (directement ou non).

Alors il est certain qu’aucun effet à la fois intense et à long terme ne pourra être obtenu sans une volonté politique regroupant un max de pays ; mais cette volonté politique ne sera efficace que si elle est suivie des populations.

Quoi qu’il en soit, c’est promis, s’il sort quelque chose de concret, de contraignant et qui se donne les moyens d’obtenir des vrais résultats de la conférence de Paris, je dédierai une page à Laurent Fabius pour dire tout le bien qu’à ce moment-là je penserai de lui. C’est un grand honneur : je n’ai même jamais imaginé une seconde faire l’aumône d’un écrit à quelque politicien(ne) que ce soit (politique est un mot à la fois trop riche et trop galvaudé par notre classe dirigeante pour être utilisé dans ce contexte).

En conclusion, je le redis : lisez Saison Brune, de Squarzoni. C’est une mine bien plus riche et intéressante d’informations que ce texte limité.




Ovenerrol39 |
Shrillblackmail79 |
Yam85bush |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Turnerhill1y
| Owenervings5
| Youngattorney9100